| Introduction de la journée |
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| Formations Nationales - Montsouris 2005 | |
| Écrit par Dr. Nicolas Drouet | |
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L'identification de la personne soignée est un enjeu majeur de la sécurité sanitaire. Cette prise de conscience est, somme toute, relativement récente dans l'histoire de la médecine. Elle est intervenue depuis qu'ont été acceptés et reconnus l'existence et surtout l'impact d'erreurs d'identification des malades dans la mise en œuvre d'actes de soins. En effet, réaliser un soin dangereux, ou pouvant avoir des conséquences néfastes, sur un malade à qui ce soin n'est pas destiné, a abouti, et aboutit encore, à de véritables catastrophes. Ce problème est particulièrement bien connu dans le milieu chirurgical, où la crainte de la bonne intervention réalisée sur le mauvais malade, ou de la bonne intervention réalisée sur le bon malade, mais du mauvais côté, hante les chirurgiens, les médecins anesthésistes et les infirmières, mais aussi le malade lui-même. En fait, cette problématique prégnante est omniprésente dans l'ensemble de la chaîne de production des soins. Qui d'entre nous n'a jamais connu, ou eu connaissance, d'erreurs de distribution de médicaments, d'erreurs d'examens complémentaires, d'erreurs administratives, d'erreurs de dossiers, où le malade concerné n'est pas le malade destinataire de ces actes ? Le dysfonctionnement concerne principalement le processus de vérification de l'identité du patient. Ceci a bien été démontré par le travail d'analyse des accidents transfusionnels par erreur ABO réalisé il y a quelque temps par les coordonnateurs régionaux d'hémovigilance et l'Afssaps. En effet, ces erreurs, qui étaient majoritairement attribuées, avant ce travail, à des défauts de réalisation du test de Beth-Vincent au lit du malade, se sont avérées être dues, en premier lieu, à des défauts de contrôle d'identité du malade transfusé. Dans un autre domaine, je suis confronté, tout comme de nombreux collègues, à ce même problème dans ma pratique quotidienne. Lors des consultations d'anesthésie, il arrive régulièrement que des malades répondent à l'appel d'un nom qui n'est pas le leur. Ce dysfonctionnement n'a, le plus souvent, pas de conséquence. Néanmoins, nous sommes amenés à réfléchir au niveau de l'établissement, dans le cadre d'une démarche de gestion des risques, sur la meilleure manière de sécuriser cette étape d'identification des malades, tout en améliorant la confidentialité, avec la contrainte de ne pas, pour autant, anonymiser la relation avec le malade. C'est en réalité là la véritable problématique de l'identification du patient : comment garantir que le lien entre le malade et son nom propre ne soit pas rompu, tout en garantissant la totale confidentialité des informations le concernant ? Tout être humain a un nom. Dans notre temps et dans notre société, le nom est le fondement même de l'existence d'un homme. Sans nom, pas d'existence officielle. Les personnes qui se retrouvent longtemps sans domicile fixe finissent par ne plus avoir de nom, elles perdent alors jusqu'à leur existence. Rappelez-vous les titres dans les médias au sujet de la mort d'un « SDF » : « encore un SDF retrouvé mort par hypothermie », et non « Mr Machin est mort d'hypothermie ». Rappelez-vous aussi les morts anonymes de la canicule de l'été 2003, non réclamés et enterrés en fosse commune. Prenons aussi les livres fondateurs des trois religions monothéistes, où nommer les êtres vivants, ou les choses, leur donne une réalité existentielle :
L'identité d'une personne est cette personne. Lorsque je parle de Pierre, Paul ou Jacques, ils sont présents, quel que soit l'endroit où ils se trouvent physiquement. Le choix d'un prénom pour l'enfant à naître illustre parfaitement ceci : tant que le prénom n'a pas été choisi, l'enfant n'est pas réellement une personne. Cette qualité fondamentale du nom d'une personne explique le caractère particulièrement sensible de tout ce qui touche, de loin ou de près, à l'identité d'une personne. Il a été nécessaire de développer, au fil du temps, des garde-fous pour protéger cette identité personnelle. Les mesures d'état civil en sont un bon exemple : la déclaration des naissances, avec l'enregistrement du nom patronymique, des prénoms et de la filiation immédiate, sans oublier les témoins de la naissance; ou la protection du patronyme, qui exige des conditions précises et contraignantes pour autoriser son changement. Lors des naissances, ou des décès, le médecin déclarant agit comme auxiliaire d'état civil. Quelle responsabilité que de déclarer la mort d'une personne, sans se tromper d'identité, et donc de personne ! Les généalogistes, entre autres, connaissent bien les affres des erreurs d'identité, qui peuvent exiger des démarches longues et fastidieuses, voire Kafkaïennes, pour les corriger. Alors, comment vérifier l'identité d'une personne ? Il existe plusieurs moyens. Je prendrai, pour commencer, les justificatifs d'identité autorisés lors d'un contrôle d'identité judiciaire. Ils sont de trois ordres, les documents comportant obligatoirement une photo de la personne, documents que je qualifierai de « majeurs » ou « premiers », comme la carte d'identité, le passeport ou le permis de conduire, ceux ne comportant pas de photo, comme le livret de famille, le livret militaire, l'extrait d'acte de naissance avec la filiation complète, la carte d'électeur, la carte de sécurité sociale; et enfin l'appel à témoins. Or, dans notre monde hospitalier, nous connaissons certaines limites de ces documents : les agents d'accueil rechignent à faire appel aux documents majeurs – on se demande d'ailleurs pourquoi, car nous répondons tous sans hésiter, lors d'un paiement par chèque, à l'interpellation de la caissière du premier hypermarché pour vérifier notre identité, que ce soit avec notre carte nationale d'identité, ou avec deux ou trois documents différents lors d'un paiement par crédit. De plus, les documents sans photo sont sujets à caution face aux vols d'identité et aux usurpations d'identité. Ce phénomène se développe dans le relatif anonymat de la toile mondiale, et tend à s'étendre à la santé. La paupérisation de certaines couches sociales, interdites d'accès aux régimes de sécurité sociale, ne peut qu'encourager certains malades dans cette voie, au péril de leur vie. De surcroît, les trop nombreuses erreurs d'identité sur les cartes Vitale-Sesame tendent à décrédibiliser cet outil comme outil de vérification, même si, dans mon expérience, le nombre d'erreurs semble moins important qu'à une certaine époque. L'évolution de ce système vers une fiabilité quasi certaine est souhaitable. Actuellement, plusieurs autres possibilités sont en développement et semblent prometteuses pour l'avenir. J'en retiendrai deux, les serveurs d'identification, qu'ils soient régionaux ou interrégionaux, et la biométrie. La mise en commun et le partage des informations d'identité des patients ne peut être que bénéfique, ne serait-ce que pour pouvoir partager des données médicales au sujet d'un même malade, mais présentes dans différents établissements. Le développement de ces plates-formes d'échange est donc une nécessité. Mais cela répondra-t-il au besoin de vérifier l'identité du malade dans son lit, ou en salle d'opération ? On peut imaginer la mise en place d'outils informatiques sécurisés ayant accès à Internet au chevet des malades. Ceci demandera beaucoup d'investissements que les établissements ne peuvent pas, à mon avis, envisager pour l'instant. Mais, je maintiens mon interrogation : ces systèmes répondront-ils à l'identification réelle de la personne soignée ? En effet, ces systèmes comparent et complètent des données qui sont fournies par la personne soignée, ou, pire, par un intermédiaire. Or, ceci ne peut pas garantir que la personne est réellement celle qu'elle dit être. Il faut autre chose. La biométrie n'est pas une idée neuve. La mesure comparative des éléments du corps humain permettant l'identification sans faille de la personne date de la découverte des empreintes digitales, et des tentatives d'identification par psychomorphologie. Si la première technique s'est révélée très intéressante, utile et efficace, la deuxième a été rapidement dévoyée en une pseudorationalisation du « délit de sale gueule », avec les dérives racistes et totalitaires que l'on connaît. En revanche, les nouvelles techniques de biométrie semblent pouvoir apporter des résultats des plus intéressants pour le monde de la santé. La technologie d'identification par la reconnaissance électronique de l'empreinte digitale du pouce est déjà intégrée dans de nombreux outils informatiques, comme des ordinateurs portables. Cela peut devenir intéressant pour les soins, mais peut être plus pour l'identification des soignants que des soignés. La reconnaissance du contour de la main est une autre technique prometteuse, et ce d'autant plus qu'elle est en voie d'installation dans de nombreux endroits. En effet, la Commission Nationale Informatique et Liberté a autorisé, en juillet 2005, son utilisation pour l'entrée dans des locaux sécurisés, pour l'accès à une cantine scolaire, mais aussi pour le contrôle des horaires des employés d’une mairie. La commission a considéré que, dans la mesure où cette technique recourt à une biométrie qui ne laisse pas de traces, elle ne pose pas de difficultés au regard de la loi informatique et libertés. On peut donc facilement imaginer, dans un avenir très proche, la vérification de l'identité réelle d'un malade dans son lit ou au bloc opératoire par la biométrie du contour de sa main. Tous ces systèmes nécessitent de constituer des bases de données contenant les informations pouvant être comparées avec celles de la personne à identifier. Et tout de suite se profile le spectre de Big Brother. C'est d'ailleurs cette crainte qui interdit en France l'usage du numéro individuel INSEE pour l'identification des personnes. Trop de données sensibles y seraient rattachées; la protection de la personne et de sa vie privée, et non pas seulement de son identité, pourrait ne plus être garantie. Vérifier l'identité d'une personne exige le respect de sa personne et de sa vie privée, et donc la confidentialité du contrôle d'identité et de l'identité. Je terminerai ces quelques remarques préliminaires en vous laissant méditer ces mots de Jean-Paul Sartre : « Je transforme ce « je pense donc je suis » qui m'a tant fait souffrir – car plus je pensais, moins il me semblait être – et je dis : on me voit, donc je suis. »
Dr. Nicolas Drouet, Président SFVTT, Médecin anesthésiste
Clinique de Chartreuse, 10 rue du Docteur Buterlin, 38500 Voiron
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| Mise à jour le Jeudi, 08 Janvier 2009 22:38 |